Chères et chers parents,
Malgré la discrétion que nous avions souhaitée, vous avez peut-être entendu parler de la possibilité que la fin du semestre ne se déroule pas de façon habituelle.
L’éventualité que la session d’examens ne soit pas organisée a effectivement été envisagée, discutée et préparée par une large majorité des enseignant·es.
Suspendre la session ne signifiait pas interrompre le travail: les semaines prévues pour les révisions et les examens auraient été réinvesties dans un enseignement en classe, sous forme de cours, de remédiations… bref, ce que nous faisons en toute situation.
Une telle action constituait une réponse à la hauteur de notre colère face aux mesures décidées par les gouvernements dont nous dépendons, en tant qu’enseignant·es et citoyen·nes. Elle nous permettait d’exprimer clairement plusieurs messages essentiels à la compréhension de notre métier: le travail d’un·e enseignant·e dépasse largement les heures passées devant les élèves; à chaque session, la préparation des questions, la prise en compte des besoins spécifiques, les heures de passage (particulièrement pour les oraux), les corrections, l’organisation et toute la logistique représentent une charge considérable.
Cette option permettait aussi de rétablir une certaine équité entre les élèves qui ont vu leur scolarité perturbée par des jours de grève scolaire et par des difficultés de transport que nous considérons, dans le contexte actuel, tout à fait légitimes. Même si l’évaluation restera juste, elle se présente, dans plusieurs groupes, à un moment inadéquat.
L’exercice des examens est utile mais leur absence reste compatible avec une évaluation juste et pertinente, notre projet d’établissement reposant largement sur l’évaluation continue.
L’ensemble de ces éléments avait donc conduit une très large majorité d’enseignant·es à soutenir ce projet de manière constructive.
Cependant…
Plusieurs attaques :
• prise de position médiatique particulièrement ferme de Valérie Glatigny, le 20 novembre, après le report de distribution d’un bulletin
• envoi d’une circulaire générale, couvrant un spectre inutilement large… qui rappelle ironiquement toutes les composantes de notre travail en plus des heures face classe
• rappel des sanctions applicables
• sous-entendu que l’information, le débat et la discussion démocratique au sein des écoles constitueraient de la propagande politique
• répression des manifestations
Ces réponses politiques nous écœurent mais nous obligent à revoir notre position en termes de risques auxquels nous exposerions l’école et vos enfants.
C’est donc avec une réelle amertume que nous organiserons, contre notre volonté commune, une session d’examens en décembre.
Notre mouvement nous paraissait pourtant justifié, mesuré, respectueux des élèves et des familles, et parfaitement compatible avec notre vocation d’enseignant·es. Le fait de devoir y renoncer nous coûte, d’autant qu’il découle d’un climat de pression et de crainte qui fait planer, au-delà des enjeux liés à l’enseignement, l’ombre d’un recul préoccupant de la démocratie et du dialogue social.
Nous continuerons à mener d’autres actions. Elles auront sans doute des effets difficiles pour tout·es, mais nous ne pouvons laisser les attaques que nous subissons sans réponse.
Veuillez recevoir, chères et chers parents, l’assurance de notre engagement constant auprès de vos enfants.
Les enseignant·es de l’Ecole Decroly, soutenus par leurs directions

